Noircir le tableau : l’air, la rotation, la vraie vie – ce que les physiciens aiment compliquer
Pourquoi raterait-on presque systématiquement ce calcul parfait sur le terrain ? Parce qu’un paramètre crucial entre en jeu : la résistance de l’air. Contrairement à ce que notre cerveau rêve parfois, l’air n’est pas “vide” : il freine, dévie, réduit la portée et transforme joliment la trajectoire.
La traînée : le freinage invisible
La résistance de l’air (ou traînée) est une force qui s’oppose au mouvement : plus le ballon va vite, plus cette force est importante. On calcule souvent cette traînée à l’aide de la formule suivante :
F = 0,5 × ρ × S × Cₓ × v²
- F : la force de traînée (en newtons).
- ρ (rho) : la densité de l’air (≈ 1,2 kg/m³ au niveau de la mer).
- S : la surface frontale du ballon (≈ 0,038 m² pour un ballon officiel).
- Cₓ : le coefficient de traînée, qui dépend de la forme (≈ 0,25 à 0,5 pour un ballon bien lisse).
- v : la vitesse du ballon.
On comprend alors qu’en match réel, la trajectoire n’est plus une parabole parfaite mais s’incurve plus tôt vers le sol ; le ballon atterrit plus près que prévu, et sa vitesse chute nettement au fil de sa course.
Effet Magnus : le “spin” qui fait danser les ballons
Un autre ingrédient magique s’ajoute lorsque le ballon tourne sur lui-même : l’effet Magnus. Mis en lumière par Heinrich Magnus vers 1852, c’est le principe qui fait dévier un ballon, le fait “plonger” ou “revenir” à la manière de Roberto Carlos ou Juninho Pernambucano. L’air, en se frottant à la surface tournante, crée une différence de pression qui tire le ballon latéralement ; d’où les tirs courbés en pleine lucarne ou les coups francs “impossibles”.
En chiffres, l’effet Magnus peut dévier la trajectoire d’un ballon de plusieurs mètres sur une distance de 25 à 30 mètres, selon la vitesse et la rotation. Ce phénomène, célèbre chez les footballeurs, est également fondamental au tennis, au golf, voire… au baseball (ESPN: The physics of baseball’s curveball explained).