• 16 février 2026

    Décortiquer le mouvement : vitesse, accélération, trajectoire… Comment tout comprendre sans se perdre ?

Comprendre le mouvement : une question vieille comme le monde

Dans la vie de tous les jours, tout bouge. La Terre tourne, les avions volent, les enfants courent, votre métro vous file sous le nez. Si l’idée de “mouvement” coule de source, la comprendre avec des mots précis et des chiffres demande un petit détour… qui peut parfois donner le vertige.

Ce vertige, je vous propose de l’apprivoiser ensemble. Pas besoin de se noyer dans des équations. Ici, on s’équipe des bonnes lunettes pour observer trois notions majeures : la vitesse, l’accélération et la trajectoire. Sans elles, impossible d’analyser sérieusement un mouvement, de comprendre pourquoi la pomme de Newton touche le sol en tombant, ou de saisir ce qui différencie un sprint olympique d’une promenade de santé.

Mais attardons-nous déjà sur une question : qu’est-ce que cela signifie, « analyser un mouvement » ?

Portrait-robot du mouvement : trois concepts fondamentaux

Pour “analyser” un mouvement, on cherche à le décortiquer, à dire comment, à quelle vitesse, et dans quelle direction un objet ou une personne se déplace.

Trois briques pour y parvenir :

  • La trajectoire : le chemin suivi par l’objet
  • La vitesse : la rapidité de déplacement
  • L’accélération : la variation de cette rapidité

Ce trio, simple en apparence, cache des subtilités passionnantes.

La trajectoire : dessiner le chemin du mouvement

La trajectoire, c’est le tracé invisible que l’on pourrait suivre du doigt si on filmait le point d’une craie sur le tableau, une pomme qui tombe ou la Lune gravitant autour de la Terre. C’est une notion presque intuitive.

  • Une trajectoire rectiligne : la ligne droite d’un skieur en pleine descente.
  • Une trajectoire circulaire : un manège, la roue d’un vélo en rotation, ou la fameuse « orbite » des planètes.
  • Une trajectoire parabolique : le ballon de football tiré en cloche, qui monte puis redescend (Galilée avait déjà schématisé cela au XVIIe siècle).
  • Des trajectoires plus complexes encore : insecte zigzaguant, avion pris dans une rafale, particule dans un accélérateur.

Observer la trajectoire, c’est regarder “par où passe” le déplacement, et parfois, cela donne déjà des indices sur les forces à l’œuvre. Par exemple, toute trajectoire courbe révèle une force qui change la direction du déplacement : la pesanteur, une tension, etc.

La vitesse : bien plus qu’un simple « ça va vite ! »

Quand on parle de vitesse, on a tendance à imaginer le compteur d’une voiture ou la légende urbaine du TGV qui dépasse 300 km/h. Mais la vitesse, en sciences, c’est plus précisément la distance parcourue en un temps donné. On la note généralement v.

Vitesse Unité Exemple concret
Vitesse moyenne m/s ou km/h Un marathonien court à environ 12 km/h (en moyenne)
Vitesse instantanée m/s ou km/h(mais mesurée “à l’instant t”) Le sprinteur Usain Bolt atteint 44,7 km/h en pointe au 100 mètres (source : World Athletics 2009)

La vitesse n'est pas qu'une question du « nombre » – elle a aussi une direction. C’est pour cela qu’en physique, on parle de vecteur vitesse. Il a une grandeur (combien de mètres par seconde ?) et une direction (vers où va-t-on ?). Quand un véhicule change de direction sans changer l’indicateur du compteur, il change tout de même sa vitesse au sens physique.

Autre subtilité : la différence entre vitesse moyenne et vitesse instantanée. Si je fais 100 km en 2 heures, ma vitesse moyenne est de 50 km/h. Mais, entre les feux rouges et les accélérations, ma vitesse réelle varie à chaque instant. La vitesse instantanée, c’est comme un cliché pris sur le vif.

Accélération : la rapidité du changement de vitesse

L’accélération, c’est l’art de ne pas simplement aller plus vite, mais d’augmenter (ou de diminuer) cette rapidité. En d’autres termes : l’accélération mesure combien votre vitesse varie au fil du temps.

La notion peut sembler abstraite, alors utilisons une image : si la vitesse, c’est à quel rythme vous marchez, l’accélération, c’est la sensation lorsque vous passez de la marche à la course — ou lorsque vous freinez brutalement.

L'accélération a, elle aussi, une direction et une valeur. Un exemple concret : lorsqu’un avion décolle, ses passagers ressentent « dans le dos » l’accélération qui les pousse, exactement comme lorsque vous êtes projeté contre le siège dans une montagne russe.

En chiffres, l’accélération est mesurée en mètres par seconde au carré (m/s²). Sur Terre, la gravité provoque une accélération de 9,81 m/s² vers le bas : c’est ce qui fait que, si vous lâchez un objet, il « accélère » sa chute selon cette valeur, sans cesse.

  • Un conducteur de Formule 1 subit parfois plus de 5 G (soit plus de 5 fois l’accélération de la gravité) lors d’un freinage : c’est colossal ! (source : F1 Technical)

Regarder le mouvement dans son ensemble : comment faire ?

Si l’on veut analyser n’importe quel mouvement, je propose de procéder comme suit :

  1. Observer la trajectoire (le chemin suivi dans l’espace)
  2. Mesurer la vitesse à différents moments (avec un chronomètre, une vidéo au ralenti…)
  3. Repérer les variations de vitesse — donc l’accélération (ou la décélération)
  4. Comprendre les forces en présence : ce sont elles qui modifient la trajectoire et l’accélération (merci Newton !)

Prenons un exemple du quotidien : un cycliste descend une pente. Sa trajectoire est une courbe, sa vitesse augmente (accélération positive) tant que la pente est maintenue, puis il freine (accélération négative, ou “décélération”). Si la route est sinueuse, sa vitesse change de direction autant que d’intensité.

Il existe différents outils pour mesurer ces grandeurs :

  • Capteurs GPS pour la vitesse et la trajectoire
  • Accéléromètres (présents dans votre smartphone !) pour mesurer l’accélération
  • Caméras à haute fréquence pour “analyser” le mouvement image par image (indispensable pour le sport ou la biologie animale)

L’histoire en coulisses : comment la notion de mouvement a-t-elle évolué ?

Un rapide voyage dans l’histoire nous éclaire sur l’élaboration progressive de ces concepts.

  • Aristote, au IVe siècle avant notre ère, pensait que la vitesse dépendait de la force appliquée… et de la matière traversée. Il avait tout faux, mais il posait déjà la question !
  • Galilée, au début du XVIIe siècle, comprend que la vitesse d’un objet peut rester constante si aucune force n’agit sur lui (le fameux “principe d’inertie”). Il étudie la chute des corps et note que l’accélération y est constante au sol.
  • Newton, dans la foulée, donne ses trois lois du mouvement — qui servent encore aujourd’hui à expliquer la plupart des mouvements “normaux” autour de nous.
  • Einstein, au XXe siècle, bouleverse la définition lorsque l’on s’approche de la vitesse de la lumière… mais laissons cela pour une autre fois !

Chaque découverte, chaque précision sur ces notions a permis d’explorer plus loin : du vol des oiseaux aux fusées d’aujourd’hui, en passant par la compréhension du mouvement des planètes.

Des exemples pour tout voir… et tout comprendre

Parfois, les mots ne suffisent pas. Voici quelques illustrations tirées du quotidien ou de l’histoire de la science.

  • Le vélo qui freine : Si vous freinez brusquement, c’est la force de frottement qui provoque une accélération négative. Le centre de gravité agit aussi sur la trajectoire : c’est pour cela que, parfois, on “passe par-dessus le guidon”.
  • L’avion qui tourne : Même à vitesse constante, lorsqu’un avion effectue un virage, il subit une accélération dite “centripète” qui change la direction du vecteur vitesse sans augmenter sa vitesse sur le compteur.
  • La chute libre : Une balle lancée vers le haut s’arrête, puis tombe : sa vitesse “instantanée” change à tout moment, l’accélération reste constante (c’est celle de la gravité, 9,81 m/s²).
  • Un sprinter au départ d’une course : Sa vitesse initiale est nulle, puis il accélère en quelques secondes jusqu’à sa vitesse de pointe. On peut mesurer à quel moment il atteint sa vitesse maximale (voir la performance record de Usain Bolt, de 0 à 44,7 km/h en 4 secondes : source : World Athletics 2009).
  • Les transports en commun : En Île-de-France, le métro automatique de la ligne 14 passe de 0 à 70 km/h en moins de 20 secondes, soit une accélération moyenne d’environ 1 m/s² (source : RATP).

Et dans le monde moderne ? Simulation, robotique, exploration spatiale…

Aujourd’hui, ces notions sont cruciales dans d’innombrables domaines :

  • En robotique : il faut programmer précisément la vitesse et l’accélération des bras pour saisir un objet fragile.
  • Dans les jeux vidéo ou le cinéma 3D : on “simule” la trajectoire, la vitesse, l’accélération pour rendre le rendu réaliste (le “bullet time” de Matrix n’est possible que parce que les techniciens calculent chaque variation !).
  • En astronomie : envoyer une sonde vers Mars, c’est d’abord calculer une trajectoire précise et adapter la vitesse à chaque instant.
  • Dans l’athlétisme et le sport : des entraineurs utilisent des caméras à haute fréquence pour analyser la progression d’un mouvement — et améliorer la coordination, la performance, la sécurité des sportifs (source : INSEP).

Ce qu’il faut retenir pour explorer plus loin

Analyser un mouvement, c’est s’équiper du trio : trajectoire, vitesse, accélération. Ces notions ne sont pas réservées aux seuls physiciens : elles nous aident à comprendre l’étonnante variété des mouvements qui nous entourent, des plus simples aux plus farfelus. La route de la recherche ne s’arrête pas là : penchons-nous, une fois l’idée acquise, sur les forces qui modèlent ces mouvements, ou sur les cas où la vitesse de la lumière entre en jeu.

La science n’est pas un enclos fermé : plus on observe, mieux on vit. Que ce soit devant un train en marche, un oiseau en vol ou un drone qui danse dans votre salon, s’interroger sur le mouvement, c’est déjà apprendre à voir autrement.

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