1. Dilatation du temps : des particules “vieillissantes” à leur rythme
Surprenant, mais prouvé : dans les accélérateurs, la relativité tempère notre perception du temps. Une particule instable (par exemple, un muon, parent du célèbre électron), au repos, vit environ 2 microsecondes avant de se désintégrer. Mais lancée à 99,99 % de c, il se passe un phénomène étrange : pour un observateur “extérieur”, la durée de vie du muon est multipliée par plus de 100. Le muon “vieillit moins vite” que nous.
C’est un effet direct de la dilatation du temps : le temps propre à la particule s’écoule plus lentement, selon la célèbre formule de Lorentz. Si l’on “voit” des muons issus de collisions parcourir des centaines de mètres, alors qu’ils ne survivraient normalement que sur quelques fractions de millimètre, c’est grâce à la relativité.
Ce phénomène, appelé “dilatation relativiste”, est rigoureusement vérifié (voir Nature, Rossi & Hall, 1949).
2. Energie, masse et création de nouvelles particules : la fabrique de l’inédit
Une autre conséquence spectaculaire de la relativité, c’est la fameuse formule E=mc². Dans les accélérateurs, l’énergie colossale investie dans la vitesse se transforme parfois, lors de collisions frontales, en masse sous forme de nouvelles particules.
- Un proton du LHC accéléré atteint une énergie presque 7000 GeV — plus de 7000 fois sa propre masse “au repos”.
- Quand deux protons se percutent de face à pleine vitesse, l’énergie disponible permet de “créer” des particules (voire des antiparticules) plus lourdes que le proton, ce qui n’existerait pas dans la nature “ordinaire”.
Ainsi, la barrière de la vitesse de la lumière agit comme un transformateur d’énergie en matière. Plus on va vite, plus on accède à des phénomènes rares et précieux — de quoi reproduire, en miniature, les conditions de l’Univers primordial.
3. Choquer des bouquets de lumière : la révolution des photons
Autre dispositif des grands accélérateurs : les collisions de faisceaux de photons, comme dans les collisionneurs électron-positon. Là, comme la lumière est non-massive, ses “grains” (photons) peuvent atteindre c… et le font en permanence. Mais ce sont les particules massives soumises à l’interdiction d’atteindre c.
Des projets, comme le LHeC au CERN, veulent faire interagir électrons ultra-relativistes avec les protons, “éclairant” des structures profondes — phénomène permis parce que les électrons restent juste en-dessous de la vitesse de la lumière, produisant des rayonnements intenses et précis.