Pourquoi la relativité générale s’impose en cosmologie ?
Revenons maintenant à la question centrale : pourquoi les cosmologistes utilisent-ils la relativité générale, et non la mécanique de Newton, pour modéliser l’expansion de l’univers ? Plusieurs raisons très concrètes expliquent ce choix, issues à la fois de la théorie et des observations.
1. L’expansion de l’espace, pas le mouvement des galaxies
La mécanique newtonienne peut expliquer des galaxies “en fuite” les unes des autres, comme des bateaux qui s’écartent sur un lac. Mais elle reste muette lorsqu’il est question de l’espace lui-même qui s’étire, à la manière d’un gâteau aux raisins gonflant au four (cette fameuse image provient du physicien E. Milne).
Dans la relativité générale, l’espace n’est ni rigide ni indépendant du contenu de l’univers ; il s’étend lorsque la matière et l’énergie le permettent (et selon son contenu exact). Cela correspond à la description qu’a donnée Edwin Hubble en 1929 en observant que plus une galaxie est éloignée, plus sa vitesse d’éloignement est grande : la fameuse loi de Hubble (source : NASA).
| Mécanique Newtonienne |
Relativité Générale |
| Espace figé, indépendant des masses |
Espace flexible, courbé et dynamique |
| Gravité comme force instantanée |
Gravité comme géométrie évolutive |
| Impossible de modéliser une expansion de l’espace “lui-même” |
Expansion naturelle de l’espace, voire contraction ! |
2. Les équations qui dessinent le destin de l’univers
La manière de prédire l’évolution de tout l’univers repose sur des équations issues directement de la relativité générale : les équations de Friedmann (prononcer “fridmanne”), établies en 1922 par le mathématicien russe Alexandre Friedmann.
Elles relient la vitesse d’expansion de l’univers à sa densité de matière, d’énergie, et même à une mystérieuse “constante cosmologique” qui pourrait agir comme une force d’accélération (ce que l’on attribue aujourd’hui à l’énergie noire). Sans relativité générale, impossible d’obtenir ces résultats qui collent aux observations.
- La constante de Hubble aujourd'hui : environ 67,4 km/s/Mpc selon le satellite Planck (2018, ESA), soit une expansion à 67,4 kilomètres par seconde par mégaparsec de distance.
- Âge de l’univers : environ 13,8 milliards d’années, un chiffre obtenu principalement… en résolvant justement ces équations !
3. Prévoir les grandes étapes de l’histoire cosmique
La relativité générale ne se contente pas d’être théorique : elle permet de retracer chaque chapitre de l’histoire de l’univers. De l’ère inflationnaire (expansion ultra-rapide juste après le Big Bang), aux grandes transitions comme la recombinaison (formation des premiers atomes), jusqu’à l’accélération actuelle liée à l’énergie noire… Tous ces épisodes sont décrits précisément par des modèles fondés sur les équations d’Einstein.
Un modèle purement newtonien ignore (ou ne rend pas correctement compte) :
- La création de la lumière du fond diffus cosmologique (cosmic microwave background) mesurée par les satellites COBE, WMAP puis Planck;
- L’existence d’horizons : des régions de l’univers qui ne peuvent pas échanger d’informations car la lumière ne s’y diffuse pas assez vite ;
- L’accélération moderne de l’expansion détectée à la fin des années 1990 (Prix Nobel 2011) ;
- La formation des grandes structures : amas, filaments, “mousse” cosmique.