Comment les ingénieurs conçoivent-ils un circuit où chaque montée et chaque virage exploite la moindre parcelle d’énergie accumulée ? Pour le comprendre, observons ensemble le déroulé type d’un grand huit.
1. La montée initiale : accumulation de potentiel
Le fameux « clac-clac » de la montée, c’est la chaîne ou le câble tractant chaque wagon jusqu’au sommet. À ce moment précis, le train gagne de l’énergie potentielle gravitationnelle : une forme d’énergie « stockée » du fait de la hauteur.
- Exemple : Dans l’emblématique Kingda Ka (Six Flags Great Adventure, États-Unis), le train est catapulté à 139 mètres de hauteur. D’en bas, la prouesse paraît surhumaine, et c’est cette énergie emmagasinée qui va alimenter toute la suite du circuit.
2. La première descente : déclenchement de l’inertie
Lorsque le sommet est atteint, la pesanteur reprend ses droits : l’énergie potentielle est convertie en énergie cinétique, c’est-à-dire en vitesse. C’est l’inertie qui permet au train de poursuivre sa course sans aucun moteur : le wagon « refuse » de ralentir, gardant son élan selon la loi de Newton. La sensation de chute libre, ce vide dans votre estomac, est le signe que la gravité et l’inertie travaillent main dans la main.
- Pour donner un ordre de grandeur, un wagon lancé à 110 km/h (comme sur le Silver Star d’Europa Park) garde assez d’élan, par simple effet d’inertie, pour franchir plusieurs bosses et loopings successifs.
3. Les virages et les bosses : inertie et force centrifuge
Dans les virages serrés ou les spirales, l’inertie est votre compagne (plus ou moins désirable). Si le train tente de courber brutalement la trajectoire, votre corps, fidèle à l’inertie, voudrait continuer tout droit. C’est pour cela que l’on ressent cette pression vers l’extérieur ou que l’on “colle” à la banquette sur certains virages inclinés.
On parle souvent à tort de force centrifuge : ce n’est rien d’autre que le ressenti de votre inertie, manifestée lorsque la voie vous impose une trajectoire courbe plutôt qu’une ligne droite.
4. Les loopings et inversions : un combat d’énergie
Lorsque le train aborde un looping, seule l’inertie, associée à la vitesse, lui permet de compléter la boucle, autrement il retomberait brusquement. Dans le looping vertical classique, il faut que le train atteigne une vitesse minimum : s’il va moins vite, il “tomberait” du haut de la boucle.
-
Pour le looping vertical type, la vitesse minimale à atteindre au sommet se calcule grâce à la hauteur de la boucle. Concrètement, pour une boucle de 20 mètres de haut, le train doit atteindre environ 50 km/h au sommet pour que la force d’inertie compense la gravité et empêche les wagons (et nous !) de repartir en arrière (source : Scientific American).
5. Les freins finaux : maîtriser l’arrêt
À la toute fin, des freins magnétiques ou à friction viennent briser cet élan. L’inertie voudrait que le train poursuive sa course, mais ici, ce sont des forces extérieures (ces fameux freins) qui viennent contrecarrer cette tendance.